Nicolas Manaudou: "On rattrape le temps perdu"

Dimanche 11 Novembre 2007
Nicolas Manaudou: "On rattrape le temps perdu"
Propos recueillis par Stéphane JOBY
Le Jounral du Dimanche
C'est
samedi prochain à Berlin que Laure Manaudou fera sa rentrée, trois mois
après son dernier plongeon en compétition. Ce fut le début d'un drôle
de feuilleton estival : congédiée par son club italien, la championne
olympique a longtemps réfléchi à son avenir. Tout plaquer ? Continuer,
mais avec qui ? A 21 ans, elle a choisi un retour aux sources pour
travailler sous les ordres de son frère. Rencontre.
Quel bilan tirez-vous de vos premiers mois de travail?
C'est positif. On monte doucement en puissance. Elle nage 14 km par
jour en moyenne. Hors stage, on restera sur ce kilométrage. Par contre,
l'intensité va augmenter de plus en plus, les séries seront plus
difficiles. On doit simplement s'adapter aux gros soucis d'épaules de
Laure. Ses six tendinites nous ont empêchés de faire tout ce qu'on
avait prévu. Elle a repris une musculation basique il y a trois
semaines. ça commence à payer un peu dans l'eau, on voit qu'elle a
davantage de puissance. ça se passe bien.
Avez-vous fixé des règles de fonctionnement?
J'ai la même ligne de conduite que j'avais avec mes autres nageurs,
basée sur le respect de l'entraîneur. Ce n'est pas le nageur qui fait
sa loi. La règle est respectée, il n'y a pas de souci.
Avez-vous eu des prises de bec?
Bien sûr. Mais c'est normal. Je me suis toujours engueulé avec mes
nageurs. Tous se sont déjà fait brasser au moins une fois. Il y a
toujours un moment où il faut hausser le ton, remettre des choses en
place. ça fait partie du boulot. C'est arrivé dans les premières
semaines avec Laure. Elle n'avait pas nagé une série assez bien à mon
goût, j'ai gueulé un peu. Mais je pense qu'elle était contente. Elle a
vu que c'était moi l'entraîneur, que je ne la laisserai pas faire ce
dont elle avait envie, ça l'a rassuré. La séance d'après, c'est comme
si rien ne s'était passé.
Elle vous a testé?
Peut-être. ça ne m'étonnerait pas. Elle a eu sa réponse en tout cas !
Avez-vous senti des doutes sur son envie de s'investir ?
Non. Je la connais très bien : si elle n'avait pas envie, elle aurait
arrêté. Elle a d'ailleurs failli cet été, avec tout ce qui s'est passé.
Elle m'a dit que si je n'avais pas voulu la prendre, elle n'aurait pas
continué la natation. C'était moi ou personne.
Comment concilier la relation sportive avec vos liens familiaux?
En fait, on est liés par trois relations: fraternelle, sportive et
amicale. Dans le bassin, c'est l'entraîneur et sa nageuse, mais aussi
deux potes car, pour moi, un entraîneur doit aussi être un confident,
en fixant des limites bien sûr. A la piscine, il n'y a absolument pas
de frère et soeur. C'est seulement en dehors. On se voit souvent, on
déjeune, on sort un peu. On rattrape le temps perdu ces six dernières
années, où on s'est peu vus.
Quand pourra-t-on juger de la pertinence de son choix de travailler avec vous?
En août 2008, aux Jeux. Pas avant. Ce serait con de dire qu'on sera
fixé sur ce qu'elle vaudra vraiment à Pékin si elle nage bien à
Debrecen (aux championnats d'Europe petit bassin, du 13 au 16 décembre)
ou ailleurs. Mon but n'est pas qu'elle rassure tout le monde. On n'est
pas là pour faire plaisir aux gens. Mais Laure est bien, elle nage
bien. On pourra le constater cet hiver.
Est-elle tendue avant sa première compétition, le week-end prochain à Berlin ?
Elle n'a pas l'air stressée. Pour nous, c'est une compétition
d'entraînement sans objectif particulier, si ce n'est de se tester face
à de bonnes nageuses. Elle nagera 100 et 200 m libre, 100 et 200 4
nages, mais ça peut changer une fois qu'on sera sur place. Il n'y a pas
de pression particulière même si elle sera clairement attendue.
Les récentes performances de ses concurrentes l'ont-elles boostée?
Elle s'en fout complètement. Elle m'a juste dit un matin "Tiens, t'as
vu? Ziegler a battu mon record du monde (800 et 1.500 m petit bassin)".
Et puis on a continué la séance.
Avez-vous été blessé par les commentaires sur votre inexpérience?
On raconte beaucoup de conneries : on a aussi dit que je n'avais pas
mes diplômes ! A ce compte-là, mon pauvre employeur va devoir aller en
justice... C'est vrai qu'il y a eu beaucoup plus de critiques que de
soutiens. Comme je dis à Laure, la meilleure réponse qu'on peut donner,
c'est dans le bassin. On laisse parler. Il y a beaucoup de faux culs.
Quand ça marchera, on fera gentiment comprendre aux gens qui
reviendront vers nous qu'on n'est pas des pantins...
Comment interviennent les entraîneurs qu'a délégué la Fédération pour vous épauler?
Pour l'instant, j'entraîne Laure seul. Patricia Quint (chargée de la
natation féminine à la FFN) interviendra lors des stages de l'équipe de
France. Avec Olivier Antoine (coach de Sophie Huber à Sarreguemines),
on s'appelle une fois par mois pour comparer notre travail.
Avez-vous sollicité l'aide de Philippe Lucas?
Contrairement à ce qu'on a raconté, je n'ai jamais demandé conseil à
Philippe en matière d'entraînement. On s'est parlé quelques fois quand
il s'occupait de Laure, c'est tout.
Comment vivez-vous votre soudaine notoriété?
A Ambérieu, ça ne change pas grand-chose. C'est petit, tout le monde me
connaît. Par contre, être reconnu, répondre à des interviews, me
montrer à la télé, ce n'est pas ce que je cherchais mais je dois y
passer. On n'a pas le choix quand on entraîne Laure.
1. aurelie Le 28/12/2007 à 13:27
povre nico te laisse pas faire !!
Dernière mise à jour de cette page le 16/11/2007